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jeudi 9 mai 2013

LOUTHERBOURG par Caroline Megel


LOUTHERBOURG 

STRASBOURG 1740 -LONDRES 1812 : TOURMENTS ET CHIMERES
du 17 novembre 2012 au 18 février 2013 Au Palais Rohan


© Photo de Caroline Megel

Pour découvrir l’exposition sur un peintre inconnu du grand public, le spectateur doit dans un premier temps visiter le musée des Beaux-Arts. Un couloir annonce l’exposition ; un lourd rideau marque le commencement. Deux portraits de Philippe-Jacques de Loutherbourg nous font face. Réalisés par l’artiste lui-même et par Gainsborough, ils représentent deux âges de sa vie, somme toute très tumultueuse. En 1769, appréciant ce peintre, Diderot en parle par ces termes élogieux : « Loutherbourg a un grand talent, je ne lui refuse pas même du génie ». Les visiteurs peuvent en faire l’expérience. Chacune des dix salles témoigne de ses divers sujets de représentation : des paysages pastoraux, des tempêtes maritimes, des repas conviviaux au milieu de la nature florissante. La galerie, censée abriter les natures-mortes, marque la transition entre la France et l’Angleterre. Nous y découvrons des œuvres plus esquissées, telles des gravures, des aquarelles ou des caricatures, mais également des scènes théâtrales. La diversité artistique est mise en évidence dans l’Eidophusikon. Il s’agit d’une représentation scénique, qui intègre la peinture, le théâtre, et tous les moyens mécaniques pour rendre la dramaturgie réaliste et vivante. Son intérêt pour la mise en scène est présente dans ses œuvres picturales. Par une touche léchée et vaporeuse, le paysage sert de décor à l’action. Semblables à des collages, les personnages se détachent du fond par une touche plus précise et minutieuse. Les couleurs chatoyantes accentuent la vivacité des personnages, leur conférant un théâtralisme dans leurs mouvements et leurs expressions.

© Photo de Caroline Megel

Continuons notre déambulation par les salles suivantes ; pénétrons en Angleterre du 18ème siècle. Loutherbourg dépeint ce pays étranger de manière plus romanesque par des paysages de fantaisie, des toiles retraçant des moments historiques et bibliques. Terminons par des scènes de catastrophes où bandits, incendies et naufrages en sont le sujet. Mais les œuvres les plus majestueuses sont celles correspondant aux naufrages, témoignant d’un sublime exacerbé : théorisé et développé par Kant en ces termes « ce qui est purement et simplement grand » et mis en image par l’artiste. Ses tableaux rendent perceptible la tempête impétueuse, les vagues déferlant sur la côte rocheuse et les navires s’échouant sur le rivage. L’œuvre de Loutherbourg est remarquable par sa capacité à nous faire ressentir le bruit de la forêt, le souffle du vent, les rires et les cris des hommes, la chaleur du feu et les embruns d’un océan dans la tourmente. Sa peinture devient romantiquement sonore ; l’expression de l’âme de l’artiste et de la nature angoissée.

Caroline Megel



Charlène Meyer, Dé-Formité par Caroline Megel


Charlène Meyer, Dé-Formité
LIBRAIRIE EX-LIBRO : 
du 2/11/2012 au 30/11/2012

© Librairie ex-libro, photo de Caroline Megel


Dans une ruelle pittoresque, une petite librairie aux plafonds bas et à l’espace exigu, regorge de trésors littéraires et bien d’autres encore. L’attention des passants se porte rapidement sur la devanture où se mêlent livres et œuvres d’un autre genre. Nous y trouvons le septième art au centre, et la littérature coure le long des murs où sont accrochés des œuvres d’arts plastiques. Cette boutique de livres de seconde main les utilise de façon singulière, prétextes à décorer l’espace. Le renouvellement des œuvres se fait mensuellement, assurant une fidélisation de la clientèle, attisant sa curiosité. Le chaland y revient régulièrement, pour le simple plaisir de découvrir le nouvel exposant. Le bouquiniste donne une chance à ceux qui ne peuvent pas exposer dans des galeries. Il offre une nouvelle vie aux livres et une ouverture sur le monde de l’art.
Ce mois-ci, l’artiste peintre est Charlène Meyer, qui utilise de l’aquarelle, de l’acrylique, du stylo bille et des crayons de couleurs sur du papier. Dans la série Dé-Formité, les jus colorés se mélangent pour donner un amas sombre à l’aspect sali. Inspirée d’un certain primitivisme, l’artiste se libère de la forme et du style académique pour revenir aux fondamentaux. D’apparence abstraite, ces peintures montrent des motifs végétaux et organiques, tel un bestiaire regroupant des êtres réels ou imaginaires. Ces dessins imposent leur présence, malgré leur simplicité. L’animalité, dans chacune des représentations, est renforcée par leurs postures dynamiques et mouvantes. Nous y voyons une sorte de taureau, s’apprêtant à charger ; un hibou sur une branche, éclairé par une pleine lune ; des parties de corps d’animaux non identifiées. L’impression de l’ensemble rappelle des peintures rupestres d’un autre âge, un aspect pariétal renforcé par le confinement de ce commerce semblable à une grotte. C’est finalement le charme du lieu, qui procure essentiellement un intérêt à ces œuvres et non leur contenu, manquant de profondeur et bien trop enfantin.


Caroline Megel

samedi 4 mai 2013

Virages des arts contemporains dans la galerie Vartai (Lituanie) par Raimonda Tamuleviciute



                                   photo : Andrius Zakarauskas, l'envers et l'endroit, 2012 

La galerie d’art contemporain «Vartai» (« La porte »), établie à Vilnius (Lituanie) à la fin de l'année 2012, a présenté une exposition, intitulée  « Virages », qui reflète l’activité de ce lieu d’art et la création contemporaine lituanienne. « Virages » : une exposition autour des possibilités et du pouvoir de l'imagination où la participation de chaque spectateur prend une place particulière.
L’ensemble de l’exposition est éclectique autant en ce qui concerne les médiums utilisés que par les thèmes représentés, qui s’unissent autour de différents points de vue. Cette exposition présentait les vidéos de Svajone et Paulius Stanikas, CORO Collective, les installations d’Evaldas Jansas et Zilvinas Kempinas, la série des photographies polaroid d’Ugnius Gelguda, la peinture de Patricija Jurksyte et Andrius Zakarauskas. La démarche de chaque artiste devient le moyen d’analyser l’espace, les corps et les formes. Le support artistique, par sa spécificité, prend également une place importante dans l’analyse. L'installation guide le spectateur à travers l’espace, la peinture permet de découvrir les qualités picturales, la photographie révèle l'ambiguïté des représentations du réel.
Zilvinas Kempinas, l'un des plus célèbres artistes contemporains lituaniens présentait, suivant sa démarche caractéristique, des ventilateurs et des bandes magnétiques, qui se situent sur une surface et dévoilent la spécificité plastique de l’espace, ses éléments invisibles, inaudibles et tactiles. Un questionnement des sens humains et de leur imperfection s’en dégage. L’être humain a toujours besoin de support pour pouvoir comprendre le fonctionnement de l’univers. Dans ce contexte l’un des buts de l’art est de guider le spectateur à travers ses liens avec l’environnement.
La peinture d’Andrius Zakarauskas parle de la création d’espace. Comment le détail devient la totalité et la totalité se divise en détails. Sa démarche est entre abstraction et figuration. Les principaux éléments de la peinture, la composition, la couleur et la touche, prennent une place importante. Les tableaux sont autoréférentiels, la figure anonyme de peintre devient le motif répétitif dans ses tableaux. Andrius Zakarauskas dans certains de ses tableaux, fait plusieurs références à l’histoire de l’art, et à certaines écoles de la peinture mondiale. Il rompt avec les principales règles de la peinture classique en posant la question : qu’est-ce que la peinture aujourd’hui ? Le peintre unifie les différents points de vue : celui de l'auteur, du spectateur et de l'objet de la création. Et ce faisant il analyse le médium de la peinture pour lui-même. Ses tableaux sont narratifs, racontent une histoire de création picturale et une histoire personnelle de la peinture.
La signification des « Virages », dans le contexte de l’exposition, se dévoile comme les différentes possibilités qui se rassemblent pour former un chemin au sein de la création. Les liaisons entre les œuvres se dévoilant au fur et à mesure de l'observation, cette exposition se détourne des idées préconçues pour donner au spectateur la possibilité d'une interprétation libre.

Raimonda Tamuleviciute

« Anna & Eve » : un univers de conte ambigu par Raimonda Tamulevičiūtė

Photo : Viktoria Sorochinski, Anna & Eve, Lessons


L’imagerie des contes populaires manipule différents symboles inscrits dans l’inconscient collectif. De ce fait ils permettent d’analyser les archétypes viscéraux des individus et de révéler les sentiments humains. D’après Cécile Pichon-Bonin, chercheur spécialiste des cultures populaires, certains contes proposent des exemples de vie familiale ou des modèles de comportements1 stéréotypés qui ont une portée critique ou didactique. De même, dans la photographie contemporaine, les contes sont souvent utilisés afin d’illustrer ironiquement le mode de vie actuel. On retrouve cette approche chez Dina Goldstein dans la série Fallen Princesses.
Dans l’histoire de la photographie, la représentation de la famille est un thème récurrent. De célèbres photographes comme Richard Billingham ou Larry Sultan ont réalisés des séries réalistes sur ce sujet. Néanmoins l’approche photographique de Viktoria Sorochinski est particulière, car elle met en scène les vraies relations familiales, sans ironie, dans une atmosphère féerique. Les contes ici deviennent un langage visuel qui exprime tous les sentiments confondus.
Le monde que nous propose Sorochinski se divise en deux idiomes visuels différents: d’une part le symbolisme, la fiction, et d’autre part, le réalisme et le documentaire ; l’univers des contes et le monde du quotidien. Nous remarquons également que l’utilisation de la photographie analogique donne une texture particulière. Les couleurs chaudes et les lumières variables sont utilisées de manière expressive pour accentuer les ambiances et certains aspects psychologiques des personnages. La photographe met surtout l’accent sur le regard de la fille et de la mère. Ce regard révèle une distinction paradoxale : en temps normal,  Anna, la mère, devrait représenter le monde des adultes et sa fille, l’enfance. Pourtant l’artiste renverse cette situation et nous dévoile un monde ou les rôles sont inversés.
« Anna & Eve » est un projet artistique qui souligne surtout les paradoxes et les clichés sociaux. Viktoria Sorochinski dénonce la société qui nous emprisonne dans des règles de comportement. L’enfance devient ici un espace de liberté universel, affranchi de toutes règles.

                                                                                                   
                                                                                                      Raimonda Tamulevičiūtė


1 Cécile PICHON-BONIN Le conte : entre oralité et écriture: http://www.histoireimage.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=800 





Les super-men d'aujourd'hui par Charlotte Bolidum & Alix Werthauer


                                                    Photo: « The Candles », Yes Men.


La jeune galerie Frederic Clad présente jusqu’alors sur la toile Internet a exposé pour la première fois à la foire d’art contemporain de Strasbourg, St’art, du 23 au 26 Novembre 2012.

Les œuvres proposées sont réalisées par des artistes émergents de l’art numérique et sont réunies sous le titre « Source(s) ». Quatre artistes y sont représentés : Reynald Drouhin avec ses compositions d’images pixellisées , Marie Sester et ses œuvres jouant sur la plasticité et la transparence, un anonyme contemporain et ses œuvres non matérielles, mais conceptuelles, et enfin « The Yes Men », le groupe sur lequel nous nous sommes penchées. 
Il s’agit d’un duo d’activistes libéraux aux anecdotes décalées : ils utilisent l’humour et la naïveté humaine pour transmettre des messages politiques.
Leurs œuvres exposées se composent tout d’abord d’une série de petits personnages modelés. La légende dit qu’il s’agit de bougies créées à partir de cadavres humains. Les « Yes Men » auraient ainsi trouvé une alternative au pétrole dans la chaire en décomposition. Allumer cette bougie provoquerait donc la production de pétrole. Cette histoire, bien évidemment fausse, a pour but d’observer la réaction du public et de revendiquer des idées politiques. Cette œuvre n’est qu’un des multiples exemples inventés par ces savants fous, et surtout faux. Nous pouvons aussi citer le phallus doré contrôleur de soumission, le filtre qui recycle les excréments, ou encore la « Survival Ball » (Boule de survie) contre le réchauffement climatique.
La seconde partie de leurs œuvres, présentes sur le stand « Source(s) », représente des figures emblématiques mondiales confondues avec le personnage « Ronald Mcdonald », symbole du fast-food américain du même nom. Il est donc possible de voir Martin Luther King, Gandhi, ou Che Guevara affublé d’un nez rouge, d’une salopette jaune, etc.
Les « Yes Men » surprennent donc par le sérieux de leur sujet opposé à des iconographies et des codes populaires. 
L’exposition met donc en avant des artistes qui utilisent la société d’aujourd’hui comme « Source(s) » d’inspiration.



Charlotte Bolidum
Alix Werthauer


mardi 11 décembre 2012

Echanges aériens


Jérémy Couvez / Julia Talcott


« Strasbourg-Boston » : un duo historique qui dure depuis quelques années maintenant. À l'initiative du chef d'orchestre Charles Munch, c'est en 1960 que le jumelage entre les deux villes fut entièrement scellé. Cette amitié rapprochée se fixe dans de nombreux partenariats liés à la recherche et à l'université, à la jeunesse, ainsi qu'aux échanges culturels et artistiques. 

Cette année, sous la forme d'un jeu et sous l'égide des artistes Alain Eschenlauer et Ann Forbuch, une cinquantaine de plasticiens ont relevé le défi de cette amitié, en créant d'étranges duos qui semblent prendre la forme du cadavre exquis. 

The par avion project montre des espaces picturaux tout droit partis vers l'étranger, où 50 artistes (25 par ville) s'expriment par deux. Ce travail au-delà des frontières devient le symbole d'un échange aérien. Plus que des duos, les réalisations deviennent des œuvres croisées, mélangées, co-produites. Cette interaction entre les artistes s'est déroulée en plusieurs phases. Ils ont d'abord créé une œuvre sur papier de 40,5cm x 51cm. Ces œuvres de base ont ensuite été réparties de façon aléatoire entre les artistes qui ont ajouté une nouvelle couche visuelle à celle d'origine. Après cette seconde phase, les œuvres ont été ré-envoyées, telles des messages dans les airs, pour être achevées. L'exposition montre des œuvres où les différentes techniques cohabitent à merveille. Chacune des réalisations oscille entre abstraction pure et nus classiques, entre dessin, peinture, gravure et collage. Chacune des réalisations révèle un message, une multitude de pratiques, de techniques, de thématiques, mais dévoile surtout l'engagement des plasticiens. 

L'idée de processus est ici inhérente à l'œuvre. Jérémy Couvez, par exemple, s'est prêté au jeu du dialogue avec Julia Talcott. Le rendu est énigmatique. Jérémy Couvez explique : « Je ne voulais pas que cela soit trop figuratif pour laisser le champ ouvert. Peut être que ma volonté était non pas de faire un dialogue par la figuration d’un élément réel, qui aurait ouvert une narrativité, mais plus d’ouvrir un dialogue formel ». Chacun de ces deux artistes semble avoir adopté et dompté le message artistique de l'étranger avec qui il est obligé de composer. 

Le duo entre Élise Gessier et Daniel Embree, raconte une toute autre histoire. Leur dialogue semble s'effacer sous des couches denses, où traces et matières ne semblent plus faire qu'un. Daniel Embree est allé loin dans sa démarche puisqu'il a totalement recouvert le geste d’Élise Gessier. On ne sait si l'artiste a apprécié ce geste, mais elle a du l'accepter puisque cela fait partie des règles du jeu. Chez Zhuatao Ning et Lyell Castonguay, le papier paraît griffé, déchiré. Le duo semble pris dans un tourbillon de vie. 

Il y a donc deux façons d'interpréter le projet « par avion ». Soit l'artiste qui commence l'œuvre laisse d'emblée un espace vide pour son "duettiste", soit il travaille le fond comme dans le process du tirage, de l'impression. Selon les propres mots de l'artiste Jérémy Couvez : « ils ont pensé le travail comme une succession de couches pour former le dialogue final. » 

Les artistes invoquent l'idée du cadavre exquis, mais transforme ce jeu en des duos surprenants. Les couples d'artistes qui se sont formés au hasard ont du se contraindre et jouer avec les différentes propositions. 

Ces cadavres exquis outre-Atlantique transformés, donnent un aperçu de ce qui se fait dans le champ artistique entre deux continents. Le point commun est que chacun des artistes engage son corps et sa tête dans sa pratique, et s'ouvre constamment à de nouvelles possibilités. Le regardeur est transporté d'un bout à l'autre de cet échange aérien et peut rêver, analyser, comprendre, être surpris.


Anaïs Roesz



dimanche 18 novembre 2012

Approche aux constellations à l'Atelier 340 Muzeum

Marcus BERING
Group 0.1.4.0.12, 2012
acier, 2x1m

Une quinzaine d’artistes internationaux s’est réunie au sein de l’Atelier 340 Muzeum en proposant leur propre vision du monde céleste. Dans cet espace épuré, aux murs blancs, l’exposition Approche aux Constellations présente en réalité une multiplicité d’approches. Dès le premier pas dans la galerie, nous comprenons que les possibilités offertes par le thème sont exploitées sous autant de formes qu’il y a d’artistes. N’importe quel spectateur y trouve son plaisir, qu’il soit intéressé par la photographie, les installations, ou par des œuvres plus plastiques, telles la sculpture et la peinture. Chacune d’entre elles mêle poésie, philosophie et science.

La représentation de notre cosmos est présente dans l’histoire humaine depuis longtemps, illustrant des sceaux, des vases et des tables de jeux sumériens. Les constellations sont une source d’inspiration et de réflexion qui traverse toutes les époques de l’art. Elles font voyager, questionner, relativiser. Elles offrent à voir le potentiel de tous les éléments qui nous entourent. Les analogies entre les astres et les arts sont nombreuses et cette exposition est l'occasion d’en explorer certaines. En effet, la question du rapprochement entre arts et constellation est au cœur de cet événement.

Les artistes exposant se nourrissent d'héritages en y intégrant un regard plus contemporain. Leur imaginaire nous plonge dans un univers impalpable à l’aide de matériaux proches de notre environnement quotidien. Au fur et à mesure de la visite, la découverte d’un monde lunaire, dans lequel des œuvres gravitent autour de nous, révèle un nouveau point de vue sur notre espace astral. Nous nous voyons attirés par cette illustration d’un champ étoilé. Cette attraction nous insuffle l'envie de tourner autour d’elles pour les observer encore et toujours.

Cette exploration d’une nouvelle voûte céleste s’accompagne du catalogue trilingue de l’exposition qui réunit l'ensemble des œuvres.


Dorine BONNEFOY et Caroline MEGEL


lundi 12 novembre 2012

Symboles, Patricia Glave


Patricia Glave,  Ainsi soit-il,  2012,  porcelaine,  environ 20 x 450 x 350cm.


Après une première exposition en 2010 intitulée Duels, Patricia Glave réitère à la Galerie d’(A) dans une présentation de ses nouveaux travaux, appelée Symboles.
Enseignante en céramique à l’Ecole des Arts Appliqués de Vevey, l’artiste suisse avait, auparavant, essentiellement centré ses recherches sur le corps et sa représentation symbolique. Mêlant œuvres, objets et installations, Patricia Glave évoquait un corps masculin agressif, prolongé d’une arme, dangereux pour lui-même et pour autrui. Puis elle étendit sa réflexion au corps féminin, au sein, qu’elle comparait à une gourde, une source de vie. Dans l’exposition  Duels, Patricia Glave mit en exergue toutes les différences qui opposent le monde masculin au monde féminin, avec en fil conducteur, cet attrait universel pour le pouvoir.
Férue de jeux, avec les mots, comme en témoigne la série Seins-bols, les allégories, ou les médiums et matières, l’artiste se tourne à présent vers un nouveau registre, la religion et ses symboles, avec le même esprit et la même malice qui caractérisent son travail. Elle oriente sa réflexion vers une pensée manichéenne et dichotomique du bien contre le mal, du blanc contre le noir, et de la vie face à la mort.
Par l’utilisation dérivée de différents symboles pieux, funestes ou évocateurs d’un renouveau, Patricia Glave nous invite à partager ses méditations sur les rapports entre croyance et mystique, mais surtout à découvrir sa vision de la religion. Une vision où le blanc prédomine sur le noir, où le funeste est compensé par la renaissance, où la beauté s’ajoute au spirituel, pour que naisse, face à la mort, la possibilité du rêve.


Lucie Tornicelli

Microcosme géant

Daniel Ybarra, Germinations 2011-2012 

C’est dans le cadre des événements artistico-culturels organisés par l’association Art-Vieille-Ville et le soutien de 1875Finance, que l’artiste contemporain Daniel Ybarra nous propose la découverte de ses œuvres récentes. La galerie Rosa Turetsky, participant aux festivités genevoises vous offre la possibilité d’entrer dans l’univers de l’artiste du 8 novembre au 20 décembre 2012. 

Originaire de l’Uruguay, travaillant à Genève entre autre, le plasticien Daniel Ybarra nous ouvre les portes de son microcosme géant, vous entrez dans un univers où art et nature se réunissent pour ne faire qu’un. Ybarra s’intéressant surtout à l’aspect de croissance, de changement, d’évolution et de déclin dans la nature, il utilise cette dernière comme base, comme motif, comme inspiration pour ensuite la remanier. Passant du collage à l’assemblage, en se servant tout autant de la photographie que de la peinture, il crée un monde artistique qui lui est propre. Il n’est pas étonnant de retrouver au sein de cette exposition, des œuvres comme Germinations qui font écho à une immense boîte de Petry. Ces œuvres ont autant un aspect scientifique que naturel et sont toujours pourvues d’un côté ludique, enfantin. Ces boîtes nous rappellent nos expériences en cours de sciences naturelles au collège, pendant lesquelles nous éternuions sur la gélatine de ces boîtes pour y voir apparaître des semaines plus tard différentes colonies de bactéries. Cet aspect badin est néanmoins aussi présent par les couleurs pastel, l’utilisation de matériaux différents ainsi que par les formes. Œuvres géantes, elles défient la nature. Il suffit de lever les yeux ou de se retourner pour être confronté à une sorte de chaîne de chromosomes immense. Le visiteur a, pour son plus grand plaisir sensoriel, la possibilité de découvrir ces œuvres surprenantes qui ne demandent qu’à être extrapolées par le biais de l’imagination et de la personnalité de chacun.



Esther Fernandes Villela



jeudi 8 novembre 2012

Yves Bélorgey, Anthropologie dans l'espace



Les Avanchets (4), 2011, huile sur Isorel, 240cm x 240 cm.

Anthropologie dans l'espace est la deuxième exposition d'Yve Bélorgey au MAMCO mais la première rétrospective de son œuvre. Elle présente dessins, photomontages et peintures.

Le travail d'Yves Bélorgey témoigne d’un héritage moderniste, celui, encore proche, de la ville planifiée, idéologie des années 60. Pour ce, il parcourt les grandes métropoles à la recherche de l’emblème architectural de cette époque, « lieu de formation du corps social »*, le HLM. A l'aide de son appareil photo, l'artiste pose dans un premier temps un simple regard, construit l'inventaire d'un urbanisme qui au fil du temps a montré ses limites. Par la suite, intervient la dimension picturale ; tout en s’attachant à garder une objectivité systématique, l’artiste n’hésite pas à ajouter une touche sensible dans le traitement de ses images. 

A première vue la rétrospective Anthropologie dans l’espace montre un urbanisme standardisé annulant les faits historiques et sociaux identitaires de chaque métropole. Mais en s'attardant sur les tableaux d'Yves Bélorgey on aperçoit diverses traces de vie : linge qui sèche, balcon fleuri, rideaux aux fenêtres... Le caractère monumental des formats, les jeux sur l'échelle des plans ou encore sur les gammes colorées, permettent de réintroduire à l’intérieur même de ces architectures particularités et individualités. 

Yves Bélorgey nous invite donc à une promenade architecturale au cœur d'un espace urbain faussement déshumanisé, offrant une place de premier choix à un lieu souvent controversé. 

* Catalogue d'Yves Bélorgey, Introduction, galerie Xippas.




Charlotte Bolidum
Raimonda Tamulevičiūtė
Violette Doire

Thomas Hirschhorn



© Photo: Thomas Hirschhorn, Flugplatz Welt / World Airport

«L'art est affirmation d'un excès»1, voilà ce que l'artiste Thomas Hirschhorn nous donne à voir dans ses installations monumentales, réalisées au moyen de matériaux pauvres qui contrastent les uns avec les autres. C'est actuellement, au Mudam, le musée d'art contemporain de Luxembourg qu'il est possible de déambuler dans Flugplatz welt / World Airport. Tel un architecte ou un paysagiste, l'artiste conçoit des dispositifs spatiaux, dont le trait d'humour rappelle néanmoins la tristesse du temps qui s'écoule. Pour lui l'art est un outil qui lui permet d'affronter le réel et l'époque dans laquelle il vit. Son travail ne recherche pas la qualité, mais l'énergie. L'énergie comme refus d'un critère, qui ne serait pas liée au bien et au mal, ou au bon et au mauvais. La mise en scène complexe de Flugplatz welt / World Airport happe le visiteur et nous embarque dans une métaphore de notre propre monde. Au travers de matériaux usuels, l’artiste nous propose de réfléchir aux conséquences de la multiplication des réseaux et des transports. Il met en avant les confrontations et les problèmes provoqués par une évolution parfois trop rapide des outils de communication. La technologie se soumet à l’humain malgré une apparente prédominance d’appareils et de matériaux liés à l’aviation. Le spectateur est au cœur de l’œuvre, et fait indéniablement partie du travail de T. Hirschhorn. Ce projet joue sur l’espace et la plasticité de notre environnement. Des chaises, des télévisions, ou encore du scotch : nous sommes entourés d’éléments hétérogènes qui font partie de notre quotidien. Cette installation nous plonge dans un univers parallèle, similaire au nôtre, où néanmoins les dispositions sont différentes. Cette démarche invite l’observateur à une réflexion sur la réalité. L’objet semble ainsi n’être plus qu’un vecteur d’idées dans cet « aéroport du monde ».


Anais Roesz
Alix Werthauer

FLUGPLATZ WELT / WORLD AIRPORT, Du 21/11/2012 au 26/05/2013, Mudam, Luxembourg.



1
Thomas Hirschhorn, « philosophical battery » interview par Craig Garett, Flash art n°238, octobre 2004

dimanche 29 janvier 2012

J'irai m'accrocher chez vous / Affiche de l'exposition


L’ensemble des étudiants du Master Critique-Essais de l’UdS s’est vu proposer la conception d’une exposition à partir du fonds de l’artothèque de Strasbourg. Cette jeune structure – inaugurée il y a un an au sein des locaux de la médiathèque du Neudorf – offre aux particuliers la possibilité d’emprunter une oeuvre d’art. Ce concept, apparu en Allemagne au début du XXe siècle, a commencé à se développer en France dans les années 1980.
Aujourd’hui, on dénombre une cinquantaine d’artothèques sur l’ensemble du territoire.
Plutôt que de dégager une thématique à partir de ce fonds d’estampes et de photographies, nous orientons
cette exposition sur le principe même de l’artothèque. L’accès à une oeuvre d’art par son emprunt nous étant
inconnu, nous avons éprouvé ce mode d’acquisition temporaire pour pouvoir établir ensuite les bases de notre
projet.
Chaque étudiant a choisi une oeuvre et l’a apportée chez lui. Autant d’expériences artothèque différentes
rassemblées dans l’optique d’une exposition collective, génèrent un balancement entre le privé et le public,
l’intime et le collectif, deux sphères dont les limites viennent ici se confondre. L’artothèque nous invite à construire une relation singulière à l’oeuvre d’art dans un espace autre : le chez-soi. Le visiteur de l’exposition pourrait alors avoir envie de tenter à son tour cette rencontre.
Une expérience en amenant une autre, notre statut initial d’emprunteur se mue en une double posture inédite :
celle de commissaire-emprunteur. Nous prolongeons notre rapport à l’oeuvre par un accrochage atypique,
relevant presque de l’installation. L’espace d’exposition n’est plus ce white cube neutre et immaculé, il devient
un lieu habité par le public. J’irai m’accrocher chez vous rappelle dès lors cette visée, en se saisissant du titre
de l’émission télévisée d’Antoine de Maximy, un globe- trotter qui emmène le téléspectateur dans l’intimité de
ses hôtes d’une nuit...

Avec les oeuvres de Patrick BAILLY-MAÎTRE-GRAND, Benoît DE CARPENTIER, Sophie DESCLERC, Alix HÄFNER, Mirnaib HASANOGLOU, Jan HORACEK, Gabor KEREKES, Frédérique LOUTZ, Denis ROCHE, Mitsuo SHIRAISHI, Anne SUSS, Raymond-Émile WAYDELICH

Exposition en Salle 27 Au Palais Universitaire de Strasbourg
du 1er au 9 février 2012, de 14h à 18h
Vernissage le Mardi 31 janvier à 18h

Commissaires-emprunteurs : Magalie Brissaud, Lisa Cartus, Valentine Diliberto, Hélène Grandemange, Anne Guldner, Marion Hulot, Claire Kueny, Guillaume Limatola, Cécilia Meola, Julie Noël, Nadège Peter, Axelle Ruffenach, Perrine Schalck.

Enseignants : Germain Roesz, Karin Graff
Contact : master.critique.uds@gmail.com
Remerciements : Artothèque-Médiathèque du Neudorf et Madeline Dupuy

mardi 10 janvier 2012

Ciprian Muresan Recycled Playground

Leap into the void-after 3 seconds, Cirprian Muresan

Originaire de Cluj, capitale de la Transylvanie, en passe de devenir un important pôle
artistique de Roumanie, Ciprian Muresan investit les espaces du FRAC Champagne-
Ardenne pour une exposition personnelle, Recycled Playground.
Nous donnant à voir la pluralité des sujets et des formes plastiques qui traversent son
oeuvre, son « terrain de jeu » se déploie sur deux niveaux. Tandis que le rez-de-chaussée
s'anime d'une installation monumentale et d'une importante oeuvre vidéo, l'étage est
consacré à une large sélection de créations sur papier, de vidéos et de photographies.
Parmi celles-ci,s Leap into the void-after 3 seconds, qui nous offre une version décalée de
trois secondes et quelques sarcasmes du cliché homonyme d'Yves Klein, réalisé plusieurs
décennies auparavant. L'homme n'est plus saisi en plein saut, il est tombé, face contre
bitume. Un trait d'humour en amont d'un constat plus amer ? Peut-être celui d'un manque
de repères dans un monde à plusieurs vitesses, à suivre à la fois la folle allure de la
globalisation, et à attendre l'évolution plus lente de son pays. Plusieurs lectures sont
possibles.
Ciprian Muresan développe une oeuvre sensible et très référencée, allant puiser dans
l'histoire de l'art, la culture populaire, l'histoire ou l'écriture – à laquelle il est d'ailleurs très
attaché - s'investissant en tant que coéditeur ou rédacteur dans les revues artistiques
Version et Idea art+society.
Réinterpréter, relire, repenser, retourner, ou réinterroger sont alors autant de
caractéristiques de la démarche de cet artiste. Il insiste d'ailleurs lui-même, à propos de
ses oeuvres, sur l'importance du verbe « re-contextualiser ». Ciprian Muresan soulève
alors la vaste problématique de la relecture et de la compréhension du passé, dans des
circonstances actuelles toujours spécifiques. Il se prend au jeu de sa résolution, et nous y
convie.

                                                                                                                              Anne Guldner


Exposition jusqu'au 31 décembre 2011, au FRAC Champagne-Ardenne, Reims.

Texte publié dans Artline de décembre 2011

Hervé Bohnert


Vue de l’exposition Hervé Bonhert, qui s’est tenue Salle 27, au Palais Universitaire, Strasbourg, du 21 novembre au 2 décembre 2011.
Photographie de Magalie Brissaud

Hervé Bohnert commence sa pratique artistique à l’âge de quatorze ans. Après avoir réalisé des moulages en cire, l’artiste se tourne dès 1998 vers les clichés photographiques qu’il se réapproprie par grattage. Conçue à la base pour la création de cartes de vœux, cette technique l’interpellera au point qu’il décidera de la réutiliser sur de nombreuses autres photographies. Ses expérimentations le mèneront ensuite à la sculpture, puis au travail délicat de la dentelle (notamment avec Laure André). Depuis, il a développé un univers peuplé, entre autres, de crânes brodés, de crucifix, d’anciennes photographies et de chemises de nuit. Il récupère ces anciens objets et les transforme afin de leur donner un nouveau sens. Sculpteur anatomiste et dessinateur, il intervient sur ses matériaux pour y faire apparaître squelettes et fantômes, leur donnant ainsi l’aspect de memento mori.
Mais Hervé Bohnert ne capitalise pas sur son travail d’artiste. Ayant un métier à côté, ses expérimentations plastiques traduisent un réel besoin de créer, la vente de ses œuvres lui permettant simplement de continuer à en réaliser. « Je ne me suis pas encore fait d’argent avec mes œuvres, elles me permettent juste de rembourser mon matériel et la location de mon atelier. C’est très bien comme ça, j’ai un métier pour vivre ! » Boulanger, il n’hésite pas à détourner son métier pour créer. Lorsqu’il réalise des moulages de visages en cire, il le fait comme des moulages en chocolats. « L’alimentation est une forme d’art. » Peu importe qu’il ne s’agisse pas de la technique enseignée aux Beaux-Arts, « cela marche quand même ! » Il n’a d’ailleurs jamais souhaité intégrer une école spécialisée. « Apprendre une technique vingt ans avant de m’en servir ne m’intéresse pas », avoue-t-il, même s’il reconnaît que lors d’un collectif formé avec d’anciens étudiants, les apports se sont faits dans les deux sens.
Ne souhaitant pas expliquer son travail, il ne nous donnera pas de clef de lecture. Son but est de nous faire réagir, peu importe comment. « Des fois cela marche, d’autres fois non, mais pour arriver à quelque chose, j’ai aussi besoin de me tromper. » Néanmoins, pour peu que l’on se penche dessus, son travail parle de lui-même. Par exemple, en laissant voir l’architecture du corps, en en dévoilant le squelette, il crée un espace intermédiaire où le monde des vivants rencontre celui des morts, générant une forme de poésie déviante. Entre détournement et dérision, ses œuvres ne versent ni dans le gore ni dans le repoussant. S’inscrivant dans la longue lignée des vanités et des images anatomiques, mais aussi dans la tradition nordique du grotesque et du macabre, il nous en offre une vision contemporaine. 


                                                                                           Magalie Brissaud et Guillaume Limatola

Rédigé pour le magazine Transversalles, numéro novembre/décembre 2011

dimanche 4 décembre 2011

Partenariat avec Apollonia

Dans le cadre d'E-cité Gdansk, le master critique/essais a réalisé un blog.
Expliquant le projet e-cité, présentant la commissaire d'exposition et analysant chaque pratiques artistiques des artistes exposés, ce blog invite nos lecteurs à se plonger dans l'univers de l'exposition.

Un petit bonus après un mois et demi d'exposition dans l'espace Apollonia à Strasbourg!

vendredi 21 octobre 2011

Bientôt la philosophie sera vivante

Le menteur, Benoît maire, 2011 (courtesy Benoît Maire)

La Kunsthalle Mulhouse accueille jusqu'au 13 novembre une monographie de Benoît Maire intitulée Bientôt le métal entre nous sera changé en or.
Proposée par Vincent Honoré, commissaire invité, l'exposition aborde la notion de savoir en tant que matière à création. Elle sera suivie de deux autres expositions et d'un livre, tournant autour de cette même thématique : la pensée en tant que forme.

L'artiste, qui vient de remporter le prix de la Fondation d'entreprise Ricard, nous présente quatre espaces. Premièrement, l'Espace nu, au titre en contradiction avec la réalité, tant le lieu est habillé de mobiliers, de moniteurs vidéos (où des extraits du long-métrage l'Île de la répétition, réalisé par l'artiste, sont présentés ; l'intégralité du film sera projeté le 8 novembre 2011 au cinéma Bel-Air), d'objets diverses en équilibre ou encore de morceaux de têtes grecques. Sorte d'antichambre, l'espace est une allégorie où la pensée prend vie, où l'artiste pose ses bases.

L'esthétique des différends est la deuxième salle, vouée à être activée par l'artiste par le biais de performances et discussions, elle est consacrée aux recherches de Benoît Maire, sous la forme de livrets, réunis en un ouvrage mais pouvant fonctionner séparément. Véritable oeuvre, ce livre à la frontière de l'art et de la philosophie constitue une recherche sur les questions de postmodernité et d'oeuvre d'art post conceptuelle.

La troisième installation s'intitule Château. Elle représente un bureau où des feuilles de zinc sont incrustées dans les murs et le mobilier. Elles illustrent les pensées en action. Les objets présents dans les premières salles se retrouvent ici, ils se répondent, s'additionnent et se multiplient, créant ainsi un dialogue.

Pour finir, le Berger est un court-métrage réalisé par l'artiste. Très conceptuel, le film tourne autour de la notion de répétition, de l'incommensurable et du pouvoir du toucher. L'image du berger incarne l'artiste, qui dirige ses moutons, ou plutôt ses oeuvres.

La philosophie peut nous dérouter ou nous étonner, c'est pourquoi la Kunsthalle a créé un lexique de références, tant philosophiques qu'artistiques afin d'offrir au spectateur des pistes de compréhension. Nous pouvons y découvrir la passion de l'artiste pour les écrits de Kierkegaard, ou son engouement à jouer des mots et des objets en créant des métonymies. En regardant les éléments, beaucoup de choses nous échappent, mais nous pouvons aisément les comprendre en faisant des liens entre les différents les espaces et les références.

L'artiste d'à peine 33 ans réussit à utiliser le savoir comme matière. Quoiqu'un tel sujet n'aide pas, à priori, le public à renouer des liens avec la scène artistique actuelle, il l'invite pourtant de manière subtile à philosopher à ses côtés.



Axelle Ruffenach

Rédigé pour le magazine Transversalles qui paraitra en Novembre 2011

NDLR : Pour les passionnés de philosophie qui souhaiteraient comprendre l'exposition de A à Z, le lexique des références peut vous être envoyé par mail par la Kunsthalle.
http://www.kunsthallemulhouse.com/

 kunsthalle@mulhouse.fr

 

mardi 3 mai 2011

Etats des lieux / Dossier de presse

E X P O S I T I O N  D’ A R T  C O N T E M P O R A I N

Présentée sur le site de l'I.U.F.M.
1 rue de Neuvic
67100 STRASBOURG



ÉTATS DES LIEUX


Du 3 au 6 mai 2011

L'exposition ÉTATS DES LIEUX est l'aboutissement d'un programme de rencontres entre les étudiants de master de l'UFR Arts, de l'Université de Strasbourg. Les professeurs, Jean-François Robic et Germain Roesz, sont à l'initiative de ce projet collectif. Près d’une vingtaine d'étudiants du Master Recherche présentent leurs travaux (peinture, dessin, vidéo, installation...) sous le commissariat des étudiants de Master Critique-Essais.

L'exercice permet aux étudiants de formuler et de rédiger leurs analyses critiques tout en expérimentant les actions à accomplir dans le montage d'une exposition collective d’art contemporain. Pour les plasticiens cette expérience est à la fois un constat de fin de cycle et la réalisation d’une première étape vers leur carrière artistique.

ÉTATS DES LIEUX accueillie sur le site de l'IUFM crée un dialogue entre étudiants, une confrontation avec la critique et un échange avec le public.

Cette opération est réalisée dans le cadre de l'enseignement de Karin Graff, consultante en art contemporain et Sylvie Villaume enseignante et plasticienne.



Les artistes :

Maria AFANADOR

Les créations de Maria Afanador, jeune plasticienne d'origine colombienne, allient installations et photographies et interrogent les notions d'absence et de présence.

L'artiste attache une grande importance aux objets et notamment aux vêtements qui, outre leur caractère commercial, symbolisent une deuxième peau, un discours muet sur notre monde intérieur. Maria explique en effet que nous ne sommes pas seulement un corps physique mais une énergie qui circule et s'intègre dans l'espace, les habits, les photographies, la mémoire.

Au cours de l'exposition deux de ses projets sont à découvrir.

La habitación de Lucy est présenté sous la forme d'une installation photographique. Le spectateur est amené à entrer dans l'intimité d'un personnage fictif. La présence des effets personnels de Lucy (sa perruque, ses chaussures, ses lunettes, ses gants...) confère au "voyeur" l'impression de connaître cet être qui pourtant ne vit qu'à travers l'imaginaire de l'artiste.

Foto de identificación traite de la présence et de l'identité de personnes à travers leurs vêtements. L'installation, en lien avec les documents administratifs de Colombie, se présente sous la forme d'un cahier de registre, comprenant les photos, les noms, les codes de personnes à la fois réelles et fictives.

Il est ici question de savoir si l'on peut, en créant un espace, un personnage, un registre, donner

vie à quelque chose qui de prime abord n'est que le fruit de l'imagination.


Marie-Laure BOSSHARD


La création artistique de Marie-Laure Bosshard s'articule autour du modèle réduit et du questionnement sur l'habitat contemporain, attachant une grande importance à la matérialité de ses œuvres. Utilisant le carton ondulé pour créer des maquettes, il est pour elle une métaphore de notre façon d'habiter, de vivre et de consommer. Il est intimement lié à l'emballage et à la surconsommation, symbole d'un capitalisme omniprésent. Mais il est également aussi vivant que le bois dont il est issu, recyclable et poreux, se modifiant aux intempéries.

Habilement assemblées, les bandes de carton sont comme les charpentes fragiles d’un nouvel habitat, entre construction et "dé-construction", à l'instar du milieu urbain. Un jeu d'ombre et de lumière s'établit entre les petites ouvertures et les interstices, créant un rythme le long des murs des cabanes.

Point de départ de sa création, les maquettes prennent ici le statut de sculpture, mais sont aussi utilisées comme motifs, magnifiés par la photographie et la vidéo. Entre constat et utopie, elles sont amenées à se multiplier, à se décliner sous diverses formes.

Au cours de l'exposition sont mis en scène les « objets-maquettes », base de sa réflexion plastique, permettant au spectateur de construire sa propre fiction, de faire son propre état des lieux de l'habitat contemporain, en plongeant dans l'intimité de cet univers en réduction.


Sedigeh ETEMADI

Sedigeh Etemadi est une jeune artiste iranienne qui fait appel à une pluralité de médiums : crayons de couleurs, acrylique, pastels, collages ou encore aquarelle. Si elle avoue avoir commencé par copier des natures mortes célèbres, elle a rapidement fini par établir un univers singulier fait de compositions qui se développent en tous sens. C'est avec aisance qu'elle empreinte le chemin sinueux de territoires, entre abstraction et figuration. Le spectateur est invité à regarder de plus près les nombreux détails qui parsèment ces univers oniriques. Influencée par les travaux des surréalistes, Sedigeh explique que son processus de création est en lien direct avec l'automatisme. Elle puise son inspiration dans les petites choses insignifiantes de la vie, et parle d'une « écoute de l'infiniment sensible ». Elle entend également opérer un dialogue entre l'intériorité du spectateur, les formes et les couleurs. Cet électron libre s'affranchit aisément des règles lors d'un acte créatif car selon ses dires « ce n'est pas l'esthétique qui engendre la création poétique mais bien la création qui arrive à se frayer un chemin malgré les dogmes ».
Ainsi, Sedigeh est une artiste prometteuse qui réalise des œuvres comme de petits miroirs reflétant sa personnalité, ses origines iraniennes, et sa volonté de rendre visible l'insaisissable.


Karine GERARD

Dans un monde où la publicité est omniprésente et a tendance à tourner en rond, Karine Gérard se positionne. Elle s’amuse de cette société de consommation, afin d’interroger le spectateur. Dans son ouvrage La société de consommation, le sociologue Jean Baudrillard énonce :
« La publicité tout entière n’a pas de sens, elle ne porte que des significations. Ces significations (et les conditions auxquelles elles font appel) ne sont jamais personnelles, elles sont toutes différentielles, elles sont marginales et combinatoires. C’est-à-dire qu’elles relèvent de la production industrielle des différences. » Dans une optique combative, Karine Gérard adopte ces significations, afin de les retourner contre leur cible. L'installation est articulée autour des thèmes de la sexualité, du mensonge, de l’exploitation et de la violence. Ses stands mettent ainsi en avant divers produits, affiches et spots publicitaires, avec une tonalité sarcastique non dénuée d’humour. En s’en prenant au marketing sous toutes ses formes, Karine livre un regard acéré sur le monde environnant, en explorant des thèmes tels que l’asservissement de la femme, le commerce avec la mort, ou les différences Orient/Occident, tendant à générer une œuvre universellement compréhensible par tous.


Ipek

L'œuvre d'Ipek figure comme une résonance universelle. Universelle comme une ode à l'amour, à l'amitié, à l'autre. Son travail est une prière pour ceux qu'on abandonne, et ceux qui nous rendent à nous-même. Son œuvre L'imptallation (selon l'artiste, L'imptallation = un mélange d'im-pression et d’in-stallation) est éphémère, fragile comme les liens que l'on tisse. Des papiers imprimés, déversés dans un filet de pêche suspendu, se confrontent aux nœuds à démêler et à renouer pour créer une animation en perpétuelle évolution. Un filet à peupler en y déposant un peu de nous-mêmes encore, car là est le sens, faire don de soi, courageuse intention, courageuse attention. « Il faut savoir renoncer. Il faut savoir perdre. (…) Il faut être de bons perdants! » Il faut! Il faut faire face à la nostalgie, aller vers l'autre, mais garder en mémoire. Il faut être apte à la rencontre, mais ne pas oublier, d'où on vient, qui on est, ne pas s'oublier, peut-être pour mieux se rencontrer. L'art nous projette dans une autre réalité dont le guide figure en l'artiste, véritable fil d'Ariane, bâtisseur de ponts entre les mondes.


Christine MULLER

En travaillant à l’huile sur des surfaces transparentes (plexiglas et films plastiques), Christine Muller, grâce à un travail de superpositions, génère des interstices. Interstices qui invitent le spectateur à pénétrer dans un monde nouveau, fait de rencontres spontanées et imprévues.
Son travail se fonde principalement sur l’observation.
Le regard se pose, continue son chemin, caresse la nature, la foule, le vide. Puis, dans un deuxième temps, viennent la lumière et le hasard : la clarté, qui traverse l’œuvre, génère des effets de manière aléatoire. Le lien à la réalité est confirmé par la marque du fabriquant qui ponctue les films plastiques, rappelant par là leur nature industrielle.
Le réel sert ainsi de base à un univers auquel chacun est libre d’apporter son interprétation, sa propre sensibilité. L’expérience peut également être prise comme un jeu. : tout d’abord entre les couleurs, mêlant l’opacité à la transparence, le mat au brillant ; puis au niveau de la perception. La lumière agissant sur l’œuvre, elle fait émerger de nouvelles facettes, créant de nouvelles perceptions et invitant à un nouveau voyage.


Emmanuelle NEFF

Cette artiste polyvalente, nous présente trois aspects de son travail. Dans son œuvre présentée en extérieur, elle mêle différents médiums : le pastel, l'argile, l'acrylique, la gouache et exploite la nature elle-même. Des sculptures en argile représentant des bustes sont « installées » sur des troncs d'arbre. Des dessins, portraits d'homme, réalisés à partir de bustes, participent à l'ensemble de l'installation. Il arrive que des photographies, témoins de l'installation, s'ajoutent à la représentation en trois dimensions pour donner une transcription sur une surface plane du travail d'ensemble.

Nous constatons que le corps sort du tronc, en réalité il se fond dans la masse et tend à disparaître. Ce qu'Emmanuelle Neff veut illustrer, c'est notre perte de repères dans un monde qui devient immatériel, voire virtuel. Notre corps s'efface et devient peu à peu, lui aussi, objet dans un monde superficiel et matérialiste.


Ainaz NOSRAT

Ainaz Nosrat est née en 1986 en Iran. À présent à Strasbourg elle poursuit un travail plastique fortement inspiré par les mythes de son pays d'origine. Des corps pourvus d'excroissances, des femmes cachées derrière leur voile, des êtres hybrides entre humains et machines peuplent l'univers étrange de l’artiste. Tantôt les corps se replient sur eux-mêmes, tantôt les membres semblent avoir une vie autonome tandis que chaque élément est relié à une mécanique complexe. Le processus de création d'Ainaz est tout à fait singulier. Elle dit en effet dessiner inconsciemment et ajoute que, face à une feuille blanche « [son] cerveau se coupe des réalités de la journée et s'ouvre vers un monde inconnu à ce moment-là, pour [elle]». C'est presque dans un état de transe que la jeune artiste réalise ses productions plastiques. Elle affirme également que l'inspiration lui vient directement de ses rêves et de ses cauchemars dont elle (re)trouve les symboles dans la mythologie et les traditions de son pays. Ainsi, l'artiste exprime la volonté d’analyser ses rêves figurés dans ses peintures au regard de la trame socioculturelle iranienne contemporaine.


Sourena PARHIZKAR

Iranien d'origine, Sourena Parhizkar peint l'architecture de son pays natal. Ayant observé les murs environnants, la lumière, les reflets, il aplanit un monde fait de dimensions et de reliefs. Utilisant le couteau et la peinture à l'huile, il rend compte de la texture des murs des bâtiments. Il désire provoquer nos sens en réalisant ses toiles, la tentation de les toucher est souvent trop forte. Le triptyque présenté dans l’exposition est composé dans sa partie à gauche d'éléments architecturaux traditionnels comme la Shabak, fenêtre qui oriente la lumière, onze petites croix bleues sont ainsi représentées. À droite est représenté un Ravagh, ogive iranienne, où apparaît une ombre, tel un personnage. Au centre se trouve une composition abstraite qui rappelle la vibration picturale propre à Marc Rothko. Cette partie centrale intègre une modernité, au milieu de traditions et d'Histoire. Tout dans cette proposition rappelle l'architecture iranienne, de la texture des murs aux sensations perses, chères à l'artiste.


Lucie ROY

C'est en ayant recours à la peinture que Lucie Roy alimente les mondes qui l'habitent. À l'origine de ceux-ci, une vieille maison tombée en désuétude, une maison qui va la hanter, qu'elle va photographier, dessiner, puis peindre en se racontant des histoires. Une maison à la source de son travail qui se concentre à présent sur une quête technique permanente visant à une présence picturale plus intense, plus sensible, vibrante, passant d'une expression introspective à une évocation plus universelle, celle du champ investigateur de l'espace et de ses connexions entre un monde inconscient et le monde des apparences. Lucie Roy développe des formes, les anime, pour enfin travailler le détail, l'équilibre, les blancs aussi. Elle crée ainsi des espaces de transition entre le monde peint et le monde réel, en donnant une puissance et une énergie vitale à sa peinture qui s'établit de ce fait comme une étape intermédiaire. L'art se doit d'atteindre un degré de réalité, une puissance d'évocation et transporter le spectateur, tout en lui laissant la possibilité de se tenir à l'écart, dans un espace virtuel. Le travail de Lucie Roy fait ainsi écho à une véritable mise en abîme où les récits et les lectures se superposent.


Jonathan SCHOBERT

Le jeune infographiste, Jonathan Schobert, présente un court-métrage d'animation. Puisant ses influences dans la science-fiction des années 50-60 tels queVoyage to the Prehistoric Planet, Invasion of the Saucer men ou encore le réalisateur Ed Wood, il revisite les films à petit budget et en détourne les codes esthétiques, reprenant le côté désuet qui tend à se rapprocher d'une création artisanale et bricolée. Rappelant les premiers théâtres optiques du XIXème siècle, l'impression voulue d'un visuel pour les silhouettes et les décors en carton découpé est trompeuse: il s'agit d'un travail infographique, monté image par image ou à l'aide de logiciels. Le but esthétique est de recréer virtuellement les trucages et effets spéciaux, de faire se rencontrer deux univers que tout oppose : celui du manuel et de l'informatique. À l'instar du castelet, utilisé par les marionnettistes pour cacher les objets et mécanismes nécessaires à la représentation, la coque plastique de la télévision diffusant le court-métrage est cachée de manière bricolée pour une cohésion totale d'une esthétique entre artisanat et haute technologie.


Benjamin SPECKLIN

Benjamin Specklin utilise de l'encre noire sur papier. Ce choix n’est pas le fruit du hasard. En choisissant de se consacrer à l’illustration, le jeune dessinateur se place en digne héritier d’une bande dessinée protéiforme dont les barrières narratives ont explosé depuis bien longtemps déjà. Il y subsiste une idée fragmentée du découpage, alliée à un trait précis et à des codes graphiques utilisés à contre-emploi. En agissant par traits fins, Benjamin Specklin crée, à l’aide de superpositions, un effet tramé, générant des formes identifiables. Ces formes invitent le spectateur à un jeu mêlant proximité et éloignement. Car si les trames ne sont visibles que de près, le monde inventé ne l’est que si l’on se place à distance. Ce monde, voulu libre, ne cesse de changer, la production se construisant minutieusement, sur la durée. Si le dessin s'établit autour du thème de la perte, de la déchéance, le travail n’est pas sans rappeler celui de Fred Deux. Riche en détails, les illustrations de ce dernier visent l’autonomie de l’image et nécessitent une fine observation afin d’en comprendre toutes les subtilités.


Sarah UNG

Sarah Ung travaille sur le thème de l’errance intérieure, de celle qui laisse les idées vagabonder, passer d’un sujet à l’autre, se poser avant de repartir. Le principe du carnet de bord, qui sert de base à son travail, est transposé sur des grands formats, ce qui permet d’exploiter une multitude d’idées sur un seul support. Dès lors, un processus d’accumulation se met en place. Mêlant textes, signes, matériaux divers, collages et dessins, les différents panneaux sont autonomes et participent à une cohérence d'ensemble. Son œuvre renvoie aux errements psychiques, générant une carte mentale où les éléments se parasitent entre eux afin de dissimuler leur nature véritable. Si l’on sait lire entre les lignes, on comprendra que Sarah Ung livre un espace entre incertitude et défaitisme: « L'errance, c'est surtout l'erreur. » Si la forme peut rappeler le bric-à-brac de Ben, le chaos graphique de Basquiat, le fond reste très personnel. Conçue au long terme sur le modèle d’une personne qui semble (se) chercher, l’œuvre se construit lentement, quitte à ne jamais s’achever. Ceci est confirmé par la jeune artiste : « L’installation n’est effectivement pas orientée vers une finalité requise mais tente davantage de manifester de manière totalement indéterminée l’errance du quotidien dans son flux d’informations, dans le rapport à soi-même et aux autres, dans le cheminement voire l’acheminement pensé en terme d’évolution ou d’involution. »


Justine WAGENFÜHRER

Justine Wagenführer a souvent exploré le champ de la folie dans son travail, œuvrant dans le but de faire transparaître la psychologie du sujet par le biais de la posture, de la ligne et des couleurs. Désormais, elle s'attaque à celui de la solitude, à des moments volés, ceux de l'intimité d'une personne. Portraits, autoportraits, sont au centre de ses compositions où les délimitations sont floutées, les couleurs sobres, l'arrière-plan inexistant. Étayant son propos de références littéraires telles que l’œuvre de Giono, le travail de l'artiste s'inscrit dans le spectre d'un voyage pluridisciplinaire au cœur du sujet. Loin de faire état de quêtes introspectives, l'artiste tend à ce que son œuvre englobe le spectateur, de sorte qu’une identification soit possible. Les peintures évoquent le domaine du rêve et font surgir une réalité analogue, une sphère onirique.


Romain WIDJAJA

Depuis une dizaine d'années, Romain Widjaja graffe et appose sa signature sur les murs des terrains vagues, des immeubles désaffectés, des ponts, des parcs... Les peintures réalisées loin des regards sont présentées ici au public sous la forme de vidéos. Pour assurer la pérennité de son œuvre, l'artiste filme la totalité du processus de création. L'utilisation du noir et blanc, le travail au pinceau, la fluidité du trait, sont les caractéristiques essentielles de l'esthétique de Romain Widjaja qui n'hésite pas à manier le hors champ, l'éclaboussure et le dripping. L'artiste interroge sa place dans la société et la spécificité de chaque territoire. Loin des galeries et des supports habituels, son art n´est pas envisagé comme un moyen de protestation mais comme une quête personnelle. La démarche d'aller chercher des endroits abandonnés à l'abri des regards inquisiteurs est pour lui un moyen de se recentrer et de se laisser aller à l'improvisation, qui à force de pratique devient constructive, synonyme d'expérience et de maîtrise. Cet acte artistique se veut spontané, non-intellectualisé, pour répondre à son besoin premier de s'exprimer librement.


Tong YAN

La culture et l'art traditionnel chinois comme colonne vertébrale à l'œuvre de Tong Yan sont autant de guides que d'inspirations à son travail. Le paysage est le sujet de son œuvre et il cherche à rendre compte d’une rupture avec l'aseptisation architecturale apparent dans nos cités contemporaines. C'est donc naturellement vers la couleur, ses vibrations, sa force et sa richesse que se porte le regard de Tong Yan. Citant volontiers Matisse, cette jeune artiste voit dans la couleur le bel exploit d'une nature qui ne se doit d'être abandonnée ou esquivée. Au sein de ses tiraillements culturels qui forgent son œuvre, consciente de son héritage artistique traditionnel Tong Yan cherche au travers de son spectre pictural à conformer sa pratique à la société moderne. Chaque époque ainsi empreinte de son propre langage artistique réinterroge le paysage. Entre continuité et rupture, ses œuvres sont composées de lumières expressives et de couleurs pures.


Haleh ZAHEDI

Le questionnement sur l'identité, son rapport à vivre, sa pratique artistique sont le sujet de ses peintures. L'autoportrait dans son approche triviale n'est qu’un prétexte à trouver un point de rencontre, un infime instant qui fait de ce miroir un élément essentiel aux bouleversements internes de son auteure. Haleh Zahedi utilise son identité comme base de sa réflexion plastique. D'origine iranienne, Haleh Zahedi questionne son apparence et ce qu'elle renvoie. Dans cette volonté « d’intégration » que l’on pourrait qualifier d’assimilation culturelle, elle a cherché à tendre vers une uniformisation, jusqu’à effacer les fragments caractéristiques propre à son identité. Certaines parties de son visage sont délaissées, comme en absence. Ces autoportraits semblent oublier l’identité de son auteure et pointent du doigt l'absence de soi au sein d'une œuvre dont elle est le sujet.


Les étudiants remercient tout particulièrement :
l’IUFM pour son accueil sur le site du Neudorf
  • L’UFR des Arts,
  • Le service imprimerie de l'Université de Strasbourg
  • Le Géant des Beaux Arts
  • L'amicale des historiens pour la « cafet »
  • Emmanuel Abela pour son soutien et la collaboration avec la radio Flux4
  • les artistes performers présents à l'apéro




Promotion 2010 - 2011, Master 1 Critique-Essais : Lisa Cartus, Marion Hulot, Guillaume Limatola, Cécilia Meola, Nadège Peter, Axelle Ruffenach